Il était une fois TSF

Par Jean Kouchner

 

De gauche à droite : Laurent Bourdon, Jean Kouchner, Patrick Winzelle, Saïd Guerroudj et Lew Bogdan

Mais comment allons nous l’appeler, cette radio ?

Il y avait là Daniel, Fabien, Agnès et quelques autres, et le vin était bon. Les idées tournaient et les esprits s’envolaient. Et puis Fabien, revint à l’essentiel : « la radio ? C’est la TSF !… TSF 93 ! ». Et la boucle était bouclée.

Des radios, nous en avions déjà plusieurs à notre actif : « Lorraine Cœur d’acier » pour certains qui nous conseillaient, « RVT 93 » et « Radio 4000 » à La Courneuve, toutes des radios clandestines, que nous avions monté pour quelques semaines, dans le but de briser le monopole d’Etat. Nous en avions retiré le plaisir et la richesse du dialogue en direct, de l’expression libre. Dans cette cité des 4000 déjà marginalisée, nous avions découvert des richesses humaines insoupçonnées. Comme une délivrance pour des gens à qui enfin on donnait la parole.

Il fallait le refaire, à l’échelle de la Seine Saint Denis, bastion du PCF et avec sa bénédiction. Nous y pensions lorsque Mitterrand élu Président autorisa les radios associatives. Rassemblés, nos soutiens municipaux et départementaux ont permis un budget conséquent, permettant de constituer une équipe de 35 journalistes, animateurs, techniciens dans notre local à demi enterré de Bobigny. Michel, notre technicien, rompu aux opérations limite légales, nous concocte une puissance à arroser toute l’ile-de France, et les autorisations obtenues à la force des poignets couronnent nos émissions déjà sur les ondes.

TSF, c’est alors la diversité et le pluralisme, parfois critiqué par ceux là même qui nous soutenaient. Daniel Chaize, Jean Paul Geai, Isabelle Baillancourt, Yves Bordenave, d’autres encore nous concoctent des journaux de qualité, où l’information locale prend toute sa place et la vie réelle de la banlieue émerge enfin. Lew Bogdan, le chef d’orchestre des programmes, invente et innove. Daniel Mermet dans son émission « le Zinc à Mimile » fait parler les quidams rencontrés au hasard des bistros. Rémy Jounin, Patrick Winzelle, Le Fur, beaucoup d’autres reçoivent les associations, les acteurs déjà célèbres des musiques de toutes sortes et surtout branchées. Nos audiences grimpent et nous rêvons d’une radio de proximité pour toute l’Ile-de-France…

S’il faut résister aux pressions de toutes sortes (menaces de coupures de subventions, coups de fils incendiaires) les témoignages nombreux d’écoute et de satisfaction nous confortent dans notre stratégie. Nous continuons. Et si je pars pour d’autres aventures, je garde le souvenir d’une période très riche, pendant laquelle nous avons remis les quartiers populaires au devant de la scène, dans toute leur diversité, leurs contradictions, et leurs richesses.

Vive les radios de proximité, vive le pluralisme et l’information libre.

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